Arctica islandica

Arctica islandica, j’avais envie de lui écrire.

Le décor est posé, au soleil, attablée à ce bistrot de Plougastel où j’ai écrit maintes fois sur des sujets différents lorsqu’Iris allait à la gym ou au skate. Une bière. Plaisir de retrouver ces lieux qui, en soient, n’ont peut-être rien d’extraordinaire. Encore une histoire d’apprivoisement, surement, de sécurité, peut-être, de joyeuse nostalgie aussi.

Arctica islandica de son petit nom. C’est son histoire qui m’a été contée ce midi. Autre décor. C’était une jolie histoire. Comme si je basculais d’un coup dans une autre ambiance, à découvrir l’histoire, à boire les paroles du conteur. Charme. Encore, aurais-je pu dire, comme un enfant qui ne veut pas que l’histoire s’arrête, le soir, avant de se coucher.

Arctica islandica, mais qui es-tu ? Ai-je bien retenu les détails de ta vie ou me suis-je laissée porter par le son de la voix ? J’ai un peu peur de ne pas être fidèle, d’avoir aplani les exploits de ta vie, de ne restituer qu’un maigre récit. Alors, je vais juste commencer, poser les contours.

Arctica islandica, le plus vieil animal sur notre planète Terre (tiens c’est drôle ce thème de la vieillesse qui m’entoure). Attention, ce n’est pas un fossile vivant, non, Arctica islandica est un.e individu à part entière et il/elle peut vivre tellement longtemps. 500 ans. Fi des éléphants, Arctica islandica pourrait presque prendre sur ses genoux le patriarche et le bercer encore quelques centaines d’années. Enfin, façon de parler car les genoux de Arctica ce n’est pas facile à trouver.

Arctica islandica est une praire, un coquillage marin. Elle vit dans l’Atlantique Nord, tout là-haut. Il parait que le froid conserve, c’est peut-être ça. On la pêche, on la mange, c’est notre côté prédateur à nous les humains qui, tant que les végans n’auront pas autorité, continue. Je n’ai pas vraiment de position là-dessus.

Arctica islandica c’est une sage, comme nos vieux quand ils sont écoutés. Elle sait, même sans le savoir, des tas de choses. Elle a vécu si longtemps ! Elle sait que le climat a changé au long de ses 500 années de vie. Elle l’a vécu. Elle a vécu les périodes où il faisait peut-être plus froid. Elle l’a vécu dans ses chairs, la nourriture étant alors plus abondante, le plancton (tiens, le plancton !) ou moins abondant. Et cela s’est inscrit sur les lignes de sa coquille (ses 2 coquilles, c’est un bivalve). Peut-être même qu’elle va nous confier un secret, un secret du temps qui passe, un secret astronomique.

Dis-nous Arctica , est-ce que la lune a joué avec toi, est-ce que sa rotation autour de la Terre et celle de la Terre autour du soleil ont modifié les courants de marées, comme ceux que l’on voit chaque jour, mais ceux que l’on ne voit que tous les 18,6 ans ? Dis-nous Arctica , est-ce que tu as alors pu manger plus de plancton ? Est-ce que ta coquille s’en souvient ?