Ile de Sein, décembre 2018

Premier jour à Sein

Une première journée. Je crois vraiment avoir constaté, contracté ce plaisir d’être ici, sur cette île. Rejoindre l’Enez Sun, y trouver une place. Facile ce matin, on était 20 sur le bateau. Y poser mes affaires, contre 3 fauteuils près de la fenêtre. Bleina s’y couche. Chacun prend la place dont il a envie, c’est possible aujourd’hui. La bateau largue ses amarres, je sors ma couverture, m’allonge à moitié. Les vagues déferlent à la sortie d’Audierne. Laurent s’installe à côté de moi, ça fait longtemps que l’on n’a pas discuté, longtemps, plusieurs années. Se retrouver. Nadia, devant, gère son mal de mer. La traversée passe, se passe. Quelques vagues claquent contre la coque, éclaboussent les vitres. Gris, tout est en nuance de gris, dehors. Nuances de gris, rien à voir avec le film. Ici, comment dire, du vrai, rien de commercial, de mi- cuit. Puis, ça se calme, le bateau ralentit, arrivée au Men Brial. Il y a si peu de monde ce 23 décembre que même le fenwick, le tuit tuit, ne sort pas son nez. A nous d’aller chercher nos bagages au bout de la digue avec la carriole. Bagages… 6 sacs au moins pour se nourrir. Nous arrivons au bout du monde, en hiver, pour Noel…
Il fait doux, il fait calme, même les couleurs sont atténuées. Plaisir de retrouver ce sol îlien, plaisir de dire bonjour aux îliens, de leur dire oui, nous sommes ici pour Noel, ah bon, la messe de minuit demain, oui le tisen prun après. Oui, c’est bon d’être là.
Reprendre « possession » de la maison de Solen, les 10 paires de chaussures en entrant à droite, les victuailles arrangées de ci, de là, il y en a beaucoup aujourd’hui. Les lits, cette fois j’aurai pour cette nuit une chambre rien que pour moi, incroyable, ça ne m’était jamais arrivé. Qu’à cela ne tienne, j’en profite, demain je bougerai mon duvet.
Que raconter sans lasser ? La sieste aux bruits de dessus, aux bruits de dessous, la ballade à marée haute éclaboussante, l’apéro quai sud avec Christelle. Juste Christelle la potière et nous. Intimité. Histoire de vie, Christelle nous raconte comment elle s’est installée ici, comment c’est de la poterie qu’elle a voulu faire et surtout ne pas, ne pas faire. Comment un tissu de solidarité s’est mis en place pour qu’elle s’installe ici et comment elle artisanitise ici depuis 10 ans.
Une soupe, un kouign aman, une tablée partagée, puis chacun reste et retourne à ses activités, écrire, dessiner, lire, … Bonne nuit de Sein.

Enregistrement Sonore

Sein du 23 décembre au soir

Courir à Sein

Courir, oui, à Sein. C’est la première fois que je vais parcourir l’île au lever du jour*. Se réveiller dans la pénombre, jeter un œil derrière le rideau, la clarté commence, le ciel se grise. S’habiller sans bruit, les autres dorment. Rejoindre Laurent en bas. C’est parti. C’est drôle de réaliser que la course à pied peut élargir l’horizon, raccourcir les distances, rapprocher les possibles. Aujourd’hui, un tour de Kelaourou, hier le phare de Sein. D’habitude c’est le but de la ballade de la journée. Faut dire que Sein n’est pas très longue, encore moins large. Rien ne sert de chercher l’exploit, kilomètres, dénivelé, temps de marche. Sein, c’est regarder autour de ses pieds, à chaque pas. C’est un 360° à l’horizon et c’est chaque jour voir quelque chose de différent. Hier, 2 phoques se reposaient sur la laisse de mer devant le phare de Sein. La marée avait déjà bien entamé son jusant. L’un, un peu inquiet a entamé sa migration pour rejoindre la mer. Ramper malhabilement, faire splatch dans les flaques, aller un peu plus vite sur les galets. L’autre n’a pas bougé. Faut dire que l’on s’est fait petits, silencieux. Aujourd’hui, 2 phoques aussi à Kelaourou. Puis la traversée du sillon recouvert de laisse de mer. Un joli tas de laminaires, c’est la meilleure saison. Elles engraissent le haut de l’estran, se font l’abri de petites mouches qui, par je ne sais quel tour de magie, se retrouvent au fond du gosier, des cheveux et même de ma tasse de thé du matin. Et puis aussi, rejoignant la laisse de mer, les objets incongrus et oh combien reconnus, bouteilles plastiques, cordages, flacon de vaporette (tiens, un nouvel immigré), chaussures dépareillées à volonté. Dépareillées mais aussi décorées. La vie est vraiment forte. Une semelle de tong, quel engin flottant ! Les anatifes n’ont pas laissé passer leur chance, radeau rêvé, nouvelle colonie surgie du néant. Aussi forts que les colons israéliens, plus innocents. Un bac à criée renversé, comme posé là peut-être par le père Noel, on est le 25 décembre. Chacun en prend une poignée, il est vite rempli. Le bac plein, nous le déposons sur la digue, aux îliens, aux humains de prendre le relais. Ou nous, demain, s’il n’a pas bougé. A suivre.

* D’habitude le réveil est presque le même, dans une maison endormie et (enfin) silencieuse. Puis, faire chauffer un thé, m’installer à la grande table et écrire, lire, travailler. Dans ce calme précieux comme gagné à la vie en collectivité qui s’installe avec joie ensuite.

Enregistrement Sonore

Courir à Sein