Journée de merde

Joli titre, non ?

Journée de merde, version sonore

L’expression me convient. Elle est suffisamment triviale pour éviter un côté dramatique, grave. Elle représente juste une journée où s’amoncellent de petits désagréments qui font qu’au bout d’un moment, ils alourdissent, déstabilisent, mettent un peu KO. Un presque ren, à chaque fois.

  1. 8h du matin, la portière arrière gauche de ma voiture refuse de se fermer. En fait, si, elle se ferme bien mais elle n’informe pas le cerveau central de la voiture. C’est une serrure résistante. Je ne soupçonnais pas sa prise de position au début, mettant l’avertissement rouge lumineux et sonore du cerveau central sur le compte du gel matinal. Mais non, tout au fil de la journée la température se réchauffe et le message est le même "portière arrière gauche mal fermée". Alors, va pour une serrure résistante ! Mais du coup je ne peux pas fermer ma voiture à clé car la fermeture centralisée détecte une anomalie. Va pour une voiture ouverte ! Cela ne change guère mon quotidien. Va aussi pour tous les assauts stoppés de la fermeture centralisée qui essaye de m’enfermer dans la voiture à chaque départ ou re-départ après un feu, un stop ou un virage ralenti. Mais quand même, tous ces bruits avertisseurs, le plafonnier qui ne s’éteint pas, cela pourrait me faire penser à une prison en alerte (si j’ose le comparatif, je connais si peu le monde carcéral). Et, au final, ça me coutera une nouvelle serrure, celle-ci, dysfonctionnant, sera démontée et mise au rebut.
  2. J’ai RDV chez l’acupuncteur. 9h08, j’ai 5 minutes de retard et 3 minutes passées à prendre un ticket à l’horodateur avec le numéro de ma plaque d’immatriculation et le numéro de ma carte bleue. Je n’ai pas de monnaie, même pas 40 centimes. 15 minutes d’attente, je commence à sentir mon horloge se rétrécir. J’ai une réunion à 10h. Et pas n’importe laquelle. Une réunion pour ma retraite. Oui, je vois loin. Est-ce comme si j’avais déjà envie de l’attraper ? En fait le mot ne me fait pas envie. Retraite. Après 42 ans de travail bien fait. 62 ans minimum. Non, ce n’est pas vraiment ça. Alors, pourquoi j’y vais ? Index en croix, bras tendus, peut-être juste en opposition à ce mot là. C’est demain la retraite pour moi, ou pourquoi pas aujourd’hui, ou même hier, j’y ai déjà gouté. C’est juste du temps LIBRE.
    Une horloge qui se rétrécie ou du temps libre ?
    Je repense au titre de Patti Smith "Une horloge sans aiguilles [1]". Finalement, d’un commun accord avec l’acupuncteur, on reporte le RDV. Tant pis pour mon épaule.
  3. Ce fameux RDV retraite. Le grand néant. La personne supposée me renseigner avait pris une journée de congé par dessus mon RDV. Pas prévenue, pas chic de sa part.
  4. Le billet de train d’Iris. Iris, ma fille, part demain rejoindre ma famille. Je reste en Bretagne. Il est midi, j’imprime ses billets. Zut, ils sont à mon nom. Une voix désincarnée de la SNCF ma répond au téléphone : "Ce n’est pas possible, le billet est nominatif, le retour est non-modifiable, les trains sont complets ; C’est la règle".

Ça fait 1, 2, 3, 4 incidents. Le 4ième c’est trop. Trop bête, trop chargé, trop fort. Je me perds, me déliquesce, titube et les larmes, qui ne sont pas revenues depuis plusieurs mois, les voilà. Je vais d’un pas dans le bureau de Cédric car en 5), c’est une réunion de travail prévue l’après-midi qui ne m’enchante guère. Elle m’apparait alors au-dessus de mes forces du moment. Parler me rassérène. Je reste, le visage défait. Je crois que je n’avais pas envie de venir travailler aujourd’hui, il faisait beau comme pas souvent en Bretagne en ce moment. Je crois que ça me stresse, les règles, les formalités, les papiers et que je me trompe à chaque fois. Je crois que savoir Iris partir me remue au fond de moi.
Finalement la réunion s’est bien passée, on était 3 à accompagner l’étudiant. Co-accompagner, encore mieux que co-encadrer.

Le reste de la journée s’éclaire.

  • Le passage à la gare, pas de queue, une guichetière tout sourire à qui j’explique mon erreur et qui pour m’aider écrit un mot avec un tampon et signe sur les billets, expliquant mon erreur et que les billets ne peuvent être changés. Quel beau moment d’humanité, c’est vraiment ça que je cherche et dont j’avais besoin.
  • A la bibliothèque, je suis encore incapable de trouver le dvd que j’avais réservé et faire marcher ma carte d’emprunt. Encore inadaptée, un peu. Je demande de à la bibliothécaire de m’accompagner, elle s’y prête volontiers. Merci

Alors, oui, merci aux autre d’être là, parfois, par moments, d’apporter leur humanité, autres connus ou inconnus.

Epilogue
Est-ce que je dois vraiment apprendre à tout encaisser, seule. Est-ce un critère pour être "moi", stable, et ne pas aller chercher dans l’autre ce qui me manque ?
Jusqu’où aller ou accepter d’aller ? Ça me rend plus solide, ça m’endurcit, ça pourrait aussi m’attrister.


[1M Train. Patti Smith