Nice, août 2019

Carnet de Nice, aout 2019

Jour 1. L’arrivée.
Réveil 10h du matin de ma "petite cabine de bateau" avec un matelas au sol calé entre les amas de cartons, chaises retournées, guitares entassées. Un chemin à 1 pied, à 1 bras pour pouvoir ouvrir la fenêtre et le volet. L’étroitesse du lieu est contenante, le matelas confortable, le sommeil bienvenu. Pas de bruit ou si peu, un fond sonore de criquets et de cigales. La température de l’air et douce.
Hier, lorsque l’avion s’est posé sur le tamarc de Nice, ce fut comme une respiration de mon passé. 20 ans ici. Un passé qui est profondément le mien. Avec qui je le partage aujourd’hui ? Avec ceux et celles qui m’écoutent où m’ont écouté, qui sont venus le découvrir de temps à autres, avec Cathie qui m’attendait au kiss and fly. C’est drôle, voyager seule, comme un besoin, une fierté, et découvrir la fée Cathy avec sa baguette magique de plus de 50 ans d’amitié, comme un tour de passe-passe à la nostalgie ou une nique au passé qui n’est plus. Hier, repos, baignade dans la rivière Siagne entourée de ses arbres verts, au flot limpide et frais. Un peu de Bretagne dans le grand sud avec dégustation de tartare aux algues. Et puis des mots d’ici : cagnettes, bastidasse... Je n’avais pas oublié.

Jour 2. Nice
Le train TER, terminus Vintimille. Juste pour rappeler que l’Italie est proche, que c’est un peu aussi le bout du monde ici, enfin un bout de la France déjà bien mélangé à sa voisine, une grande partie d’histoire en commun. Cannes, Antibes, Cagnes, Juan-les-Pins, le train longe la Méditerranée. Il y a de la musique dans le train et pas en sourdine. Il y a aussi des gens qui parlent fort, un gars interpelle, soliloque. J’avais oublié la tchatche d’ici. A gauche du train, l’autoroute, plus loin, les collines urbanisées. A droite, des maisons, la mer, des mats. Et la nature comme elle peut, talus, jardin, parc. L’embouchure du Var garde encore son côté sauvage malgré tout. "La liberté, c’est la voiture". Ce pourrait être le titre d’une rédaction scolaire. Et si, aujourd’hui, c’était : sentir la liberté de se faire conduire dans un bus, un train ; pouvoir descendre là où ça chante et juste se retrouver piéton, sans fardeau à gérer ; observer la vie autour de tas de gens croisés le temps d’une étape, diversité ; avoir le regard qui défile sur le paysage, à moins que ce ne soit le paysage qui défile sous le regard ; pouvoir choisir de lire, écrire, écouter, regarder ; avoir le temps.

Nice. De midi à minuit Nice. Nice et la Promenade des Anglais aujourd’hui partagée entre piétons et cyclistes. Attention à ne pas mélanger, risque de collision. Nice et sa Baie des Anges [1]. Mais ils sont où les anges ? Les humains de la plage ne ressemblent pas à l’imaginaire ange. Peut-être sont-ils, elles, tous là pour les rencontrer. Corps bronzés, serviettes étalées à couvrir presque tous les galets. Couleur, forme, disposition sans ordonnance qui laisse finalement une joyeuse impression de bordel. Mais qu’est-ce qu’ils viennent faire ici tous ces vacanciers ? Je ne résiste pas à l’appel, marche un peu jusqu’à retrouver mon tronçon de plage d’enfance, Castel plage (chaque 50 m un nouveau nom), descends la pente douce jusqu’aux galets, me déchausse. Ah, courir sur ces galets ovales, arrondis, chauds, gris, clairs qui sonnent et s’entrechoquent au niveau du déferlement de la mer. Bruit sourd des galets qui vont et viennent à chaque aller-retour de la vague. Un pas, deux pas, et la mer me happe. Chaude, salée, bleue mais sombre, sans visibilité, du fond. Voilà c’est fait, les retrouvailles.
La Baie des Anges

Retrouvailles, c’est bien le mot de la journée. Retrouvailles avec mes ancêtres, les miens, ceux qui m’ont conçue, élevée, aimée et au-delà encore. Mesurer le temps passé depuis qu’ils ont quitté ce monde. Recueillement, gratitude, merci. Retrouvailles avec Patricia, la cousine germaine de Gilles, place Rossetti au Vieux-Nice. Le temps thé s’est allongé, cela faisait longtemps et les mots abondaient, joie du partage. Retrouver ensuite toute sa famille.
Et puis Patti ! Ecouter, voir, danser, être imprégnée, vibrer avec la voix de Patti Smith, avec sa présence. Sur les gradins du théâtre de verdure, en plein air, les palmiers. Quel plaisir d’être là ! Comme un tout : Patti, Nice, mes ami.es. Le fil s’est déroulé, de mes voisin.es à New York, de New York à Nice. Belle histoire.
Patti Smith au théatre de Verdure

Jour 3. Le magasin de la fée Cathie
Alors là pour une fée c’est sacré l’écriture. Je balance entre les mots qui viennent, inspirés, ou ceux qui hésitent, réfléchissent. Je balance entre cette envie d’écrire et le travail d’écrire, entre spontanéité et maturation. Je balance aussi entre profusion et discrétion et, par-là, entre reliance et envahissement. Cela faisait longtemps que je n’avais pas écrit. Mon quotidien c’est un crayon gris résistant à l’effacement de la pluie, un cahier, cadeau d’anniversaire de mes enfants, décoré de 2 baleines et aux pages cousues d’un fil rouge. Il débute avec l’année 2019. Ecrire où ? Quand ? Les deux questions sont liées. Quand l’espace-temps laisse une ouverture, qu’il n’y ait plus d’activités, d’affairement. Où ? Eh bien, où que se passe cette ouverture. Souvent dans les transports en commun mais pas l’avion (trop vite, trop serrée, trop stressée). Dans n’importe quel endroit d’attente, un hall de gare, un café, un bord de route. Et puis, lorsque la maison est silencieuse. Les mots s’entassent, les pages se remplissent. Il en reste 6. Ecrire c’est bon. Certes, c’est une compagnie mais c’est aussi un jeu. Trouver les mots qui expriment les sentiments qui suggèrent sans asséner, le plaisir du mot, de sa sonorité, de son archaïsme parfois. Faire un pas de côté avec les émotions pour pouvoir les coucher sur le papier avec tendresse. Je suis admirative de celles et ceux qui racontent des histoires, qui les inventent, les content et nous plongent dans des univers imaginaires et tellement personnels. Ecrire, c’est partager, c’est être lu. C’est indissociable, comme une évidence.

Le magasin de la fée Cathy c’est un lieu extraordinaire où dans chaque rayon, ou presque, un festival de couleurs, des odeurs qui s’échappent, des tisanes de petites fées, auxiliaires de nos bobos, nos tracas, nos envies. Et pour les choisir... se laisser appeler ! "Quand on a des frissons, c’est qu’on dit la vérité". Sentence de la fée Cathie. Le magasin.... Venez-y : In Magicis Natura
Le magasin de la fée Cathie

Jour 4, 5, 6. A la découverte de la Vésubie.
Les klaxons sourire. Connaissez-vous le mot klaxon vous les bretons, les bretonnes ? Pas sûr. Pour moi, klaxon, c’est mon enfance. Et tuuuut, toi qui ne démarre pas assez tôt au feu vert. Et tuuuut, toi qui tourne sans avoir mis ton clignotant ou bien tardivement. Et tuuuut, rabats-toi que je te double. Quand ce n’est pas un petit coup de pare-choc qui n’a rien d’amical. Là, dans le bus 730 de la vallée de la Vésubie, j’ai ouïs des klaxons sourire. Il faut dire que la vallée ce n’est déjà plus Nice, c’est un autre monde, comme une île ou presque. Il faut dire que la route de la vallée de la Vésubie c’est, à droite des falaises recouvertes de grillage (trop de pierres sont déjà tombées) et à gauche, les gorges profondes de la rivière. Parfois la gauche s’inverse avec la droite quand le bus change de rive au gré d’un pont. Elle est étroite la route, pas large, comme le dit si bien l’expression. Difficile de se croiser avec un bus, encore plus de doubler. Alors quand le bus se range là où il peut, les voitures, au ralenti derrière, doublent et tut tut tut tut, des klaxons sourire.

Depuis chez Jean-Michel, à La Bollène, c’est un comme à la découverte de la rade de Brest au départ de Camfrout sur un vieux gréement. C’est chausser les godasses de marche au matin pas si petit et partir à pied de sa maison de village, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas. C’est suivre le maître et son chien, traverser la rivière aux vasques vertes aux cascades pétillants. C’est monter 500 m de dénivelé en en lacets, sous les pins, puis s’arrêter au col et découvrir une nouvelle vallée la Bévéra qui mène jusqu’à Vintimille. C’est imaginer que, même si le monde est grand, mes pieds pourraient m’y emmener. C’est découvrir cette presque haute montagne et ses charmes, les sentiers qu’utilisaient les gens autrefois pour se déplacer de village en village. C’est apprendre à l’aimer simplement. C’est aussi accepter de ne pas être allée plus haut, aux lacs, aux crêtes minérales, dans le parc du Mercantour, là où se trouvent les marmottes, les chamois et .... les touristes. Merci pour ces randonnées hors circuit.
Montagnes

Et si vous voulez écouter ces textes, les voici en documents ci-dessous


[1Les anges de la Baie des anges seraient des requins inoffensifs que les pêcheurs ramenaient dans leurs filets Squatina de leurs petits noms. Leurs ailerons ressemblent à des ailes, d’où leur nom d’anges